Archives de Monsieur Bernard Bonte
A PROPOS DU CHATEAU D’ENCHEMONT…
Seules deux constructions susceptibles d’être qualifiées de «châteaux», ont été érigées sur le territoire de LESQUIN.
De part son architecture, l’importance de ses locaux, de ses dépendances et de ses jardins, il semble évident que la demeure située à Enchemont répondait bien plus à cette appellation que celle construite à Engrain, que l’on pouvait plus considérer comme étant une «maison de maître»1.
Le château d’Enchemont se dressait sur le territoire du hameau éponyme, entre le chemin d’intérêt communal n°145, dit de «Lesquin à Fretin», et le chemin rural n° 14 dit «d’Enchemont».
Dès l’origine il appartenait à la famille de TENREMONDE. Cette illustre famille fut liée à tous les évènements dont la Flandre Wallonne fut le théâtre depuis le commencement du 14ème siècle. Elle fut anoblie en 1391 et se trouvait au nombre des plus remarquables familles de la région2.
La famille de TENREMONDE avait entrepris d’importantes réparations et les deux ailes du château avaient été entièrement restaurées en 1782.
En 1787 il était la propriété de Louis François de TENREMONDE, né en 1736, dit Vicomte de TENREMONDE, chevalier, Seigneur de RANSART en Artois et d’HESDIN.
Il était le fils de Paul Louis, Seigneur de MERIGNIES et de Marie Louise de CARNIN. Il avait épousé le 25 octobre 1773, Marie Louise Bonne Joseph de HAYNIN, fille unique de Marie Ignace de WIDEBIEN et Louis François, Baron de HAYNIN, dont les armes familiales resteront attachées à notre commune.
Durant la Révolution les héritiers de Louis François de TENREMONDE quittèrent la France et leur château d’Enchemont. En exécution de la loi du 28 ventôse, leur domaine, devenu «bien d’émigrés» puis «bien national», fut vendu par les administrateurs du département du Nord le 13 fructidor de l’An IV3 , à Monsieur Louis Marie Joseph DURIEZ.
Ce dernier demeurait rue Royale à LILLE et remplissait les hautes fonctions de Receveur particulier des Finances. Il était chevalier de l’Ordre royal de la Légion d’honneur4.
Le château avec ses trois bonniers5 de terre, ainsi que quinze bonniers de terre arable, une maison de jardinier, une écurie, une étable, un potager et un verger, avaient été estimés à la somme de 50.000 francs.
La Révolution ainsi que les occupations successives des troupes françaises et étrangères, feront que la demeure se trouvera dans un grand état de délabrement au moment de la vente, au point qu’il
fallut recommencer à grands frais la complète restauration des locaux et la réhabilitation des jardins dévastés. Un magnifique jardin à l’anglaise fut créé à cette occasion.
Lorsque François Auguste Ghislain et Louis Ghislain de TENREMONDE, neveux et héritiers du Vicomte de TENREMONDE entreprirent de rentrer en possession du domaine, les dépenses importantes engagées par Monsieur DURIEZ, firent obstacle à la cession.
Par acte notarié du 6 mai 1825, Monsieur DURIEZ versa entre les mains des héritiers de TENREMONDE une somme de 30.000 francs en guise de dédommagement, et devint définitivement propriétaire du château6 .
En 1842, les héritiers de Monsieur DURIEZ vendirent la propriété à Monsieur Floris DESCAT-LELEUX qui entreprit de nombreux aménagements, dont la construction de la magnifique drève partant du château et aboutissant à la route de Douai.
Monsieur Jules DESCAT, résidant au château, en poursuivit la restauration. Elu maire de LESQUIN de 1871 à 1904, il fut un grand serviteur et un véritable bienfaiteur pour la commune.
A l’occasion du Nouvel An, de nombreux lesquinois, accompagnés par les membres de l’Harmonie municipale La Concorde, se rendaient au château pour présenter leurs voeux au premier magistrat. L’intéressé leur remettait alors des étrennes leur permettant de fêter la nouvelle année durant plusieurs jours…
Le château était également un lieu de culte. Rogations, messes et processions diverses s’y déroulaient régulièrement.
La propriété fut occupée par les troupes ennemies durant le conflit de 1914-1918. Elle fut de nouveau occupée par les Allemands durant la deuxième guerre mondiale. Le château fut presque entièrement détruit lors de la débâcle.
En 1953, Monsieur Alfred DUPONT-DESCAT, Conseiller référendaire à la Cour des Comptes, demeurant à PARIS, 16ème, en était encore propriétaire.
Une enquête d’utilité publique portant sur l’achat par expropriation du Bois d’Enchemont en vue de la construction d’appartements, sera lancée en mars 1969.
Les premiers logements HLM verront le jour dès 1974, et mettront définitivement fin à plus de deux siècles d’occupation des lieux par la noblesse et la grande bourgeoisie…
1- Voir le Lien n° 14 de janvier 2000.
2- Histoire généalogique de la famille de TENREMONDE, originaire de la Flandre Wallonne. 1268 à 1864. Amédée de TERNAS et Henri FREMAUX. 1870.
3- 30 août 1796.
4- Histoire de LESQUIN. Théodore LEURIDAN. 1889.
5- Le bonnier comprenait 16 cents de terre et équivalait à 1 hectare, 41 ares et 77 centiares.
6 -Histoire de LESQUIN. Op. cit.
A PROPOS DE LESQUIN IL Y A UN SIECLE …
Depuis les élections municipales des 3 et 10 mai 1908, Monsieur Félix LECLERCQ est maire de la commune. Monsieur
Jules SABIN est son adjoint. Les autres membres du Conseil Municipal sont Messieurs Henri DELOBEL, Emile MASSE, Bernard MARCHAND, Florimond SURY, Arnoult DEVENDEVILLE, Hercule DESCHAMPS, Charles SCHEPERS, Alfred LOEUIL, Léon MAZINGUE, Jules ROELANTS, Désiré PRATH, Charles TERNIER, Ferdinand LEDOUX et Vincent REMMANS.
La population atteint pratiquement les 2100 habitants. Près de 1700 Lesquinois forment la population agglomérée, 400 autres résident dans les hameaux et constituent la population éparse. Il est intéressant de constater la jeunesse de la population à cette date, où 71% des Lesquinois ont moins de quarante ans.
En cette année 1910, les Lesquinois sont appelés aux urnes à l’occasion des élections législatives des 24 avril et 8 mai. Dans notre circonscription, Monsieur Georges POTIE, cultivateur à HAUBOURDIN, candidat radical, est élu au 2ème tour.
Au chapitre des principales actions municipales entreprises durant l’année, nous pouvons évoquer la réception définitive du nouveau Bureau de Postes rue Pasteur, et des travaux du chemin d’accès à la gare. ( Rue Dejaeghère devenue rue des Martyrs ).
Le Conseil décide de l’achat d’un coffre fort pour la mairie. Il décide de prêter au garde champêtre, l’un des anciens fusils provenant du Bataillon scolaire de la commune pour « permettre à cet agent d’abattre tout animal errant, tel chien enragé, devenant un danger public… ».
Sur décision du Conseil, Monsieur Paul DELERIVE est nommé aux fonctions de « basculeur public ». ( la bascule publique était située sur l’actuelle Place de la gare à proximité immédiate de l’estaminet tenu par l’intéressé et sis au coin de la rue Faidherbe ). Depuis 1892 la bascule était utilisée pour la pesée des matériaux de construction, du charbon, des animaux morts ou vivants, des récoltes…).
Aucun officier de santé ne résidant à LESQUIN, le Conseil Municipal désigne Monsieur le docteur GORISSE de FRETIN pour assurer la visite sanitaire des locaux scolaires. L’intéressé et le docteur DESMONS de RONCHIN, sont désignés pour la constatation des décès survenant sur toute l’étendue de la commune. Ils reçoivent chacun une indemnité annuelle et forfaitaire de 25 francs.
Les parturientes ne connaissent pas la maternité. Madame Fidéline LECLERCQ, Veuve DEFRETIN, sage-femme de 1ère classe, demeurant rue Faidherbe, les assiste durant leurs accouchements à domicile. Mamans et bébés se retrouvent ensuite aux consultations des nourrissons qui se déroulent dans une salle de la mairie, rue Victor Hugo.
Le Conseil Municipal décide de l’ouverture de crédits de 5 francs dans le cadre de la souscription lancée pour l’érection du monument en mémoire du physicien AMPERE, et de 25 francs pour les victimes des inondations de PARIS1.
Les conséquences des lois récentes sur la Séparation des Eglises et de l’Etat et leurs cortèges de ségrégations sont déjà bien ressenties dans la vie quotidienne des Lesquinois2.
La détermination et le charisme de Monsieur L’Abbé Omer PODVIN, ( présent à LESQUIN de 1909 à 1912 ), mis au service de notre Paroisse Saint Barthélémy, viennent apporter la preuve du dynamisme de la communauté chrétienne face à l’immobilisme de la municipalité socialiste en place. Jugeons-en plutôt…
Alors que les sociétés municipales, ( Harmonie La Concorde créée en 1887 et groupements de pompiers et de gymnastes ), rassemblent à peine une centaine d’adhérents au total, Monsieur l’abbé PODVIN crée dès son arrivée, l’Union des hommes ( la FRATERNELLE ), l’association des jeunes filles,
( la JEANNE D’ARC ), et l’Union des Femmes, ( la SAINTE ANNE ). En 1910, soit après un an d’existence, ces associations regroupent respectivement des effectifs de 164, 200 et 290 personnes3.
Dans le même temps, Monsieur PODVIN crée, avec le soutien de Messieurs Pierre PEZEU, Julien MANCHE et Gaston FREZARD, la société de gymnastique La JEUNE FRANCE regroupant des sections pupilles et adultes. L’année de sa constitution, la nouvelle association compte 85 adhérents4.
Avec l’aide de Messieurs Alfred DUPONT, Charles DEJAEGHERE, Louis CHUFFART, Alexis DEFRETIN et René DEPUYDT, notre infatigable curé peaufine l’Oeuvre des JARDINS OUVRIERS qu’il vient aussi de créer. Affiliée à la Ligue du Coin de Terre et du Foyer, cette association regroupe près d’une quarantaine de membres5.
Le 1er mai 1910, l’Abbé PODVIN inaugure avec faste, et sous la présidence de Monsieur et Madame DUPONT-DESCAT, les généreux mécènes, la nouvelle salle des Oeuvres Féminines, ( salle du patronage des filles ), située rue de Seclin. ( actuelle rue Jean Jaurès ).
Si l’on évoque la création d’une bibliothèque paroissiale proposant plus de 1000 ouvrages dès son ouverture, un Secrétariat du Peuple à la fréquentation grandissante où Monsieur Félix DILIGENT, licencié en droit dispense gratuitement des consultations pour « rendre service et aider l’ouvrier dans toutes les difficultés qu’il est susceptible de rencontrer… », une section dramatique et musicale animée par des jeunes gens de la paroisse, très appréciée et forte d’une vingtaine de membres actifs, les sections de patronages de filles et de garçons regroupant chacune une cinquantaine de fidèles…, on appréhende mieux l’état d’esprit régnant à l’époque au sein d’une grande majorité des foyers lesquinois…
1 Délibérations du Conseil Municipal.
2 Voir le Lien n° 33.
3 Bulletins paroissiaux : ( 1909-1910). L’étude de ces oeuvres paroissiales fera l’objet d’articles séparés.
4 Voir le Lien n° 11.
5 Voir le Lien n° 8.
Les premières tentatives de sédentarisation du cinématographe se mettent en place au début du XXème siècle. Les projections dans les estaminets se multiplient. Le cinéma touche alors un vaste public qui lentement, préférera se retrouver dans de vraies salles répondant au besoin de confort.
A la veille de la première guerre mondiale les villes les plus importantes
possèdent leurs salles de cinéma exploitées le plus souvent par les réseaux de
distribution PATHE ou GAUMONT.
La période de 1920-1930 avec l’apparition du cinéma parlant en 1927, voit le septième art s’installer dans les communes de moindre importance, (Marcq en Baroeul, Comines, Wattrelos, Templeuve, Croix, Halluin…).(1)
A LESQUIN la municipalité rachète des terrains rue Faidherbe appartenant aux familles MARCHAND et MANCHE et jusqu’alors occupés par les jardins ouvriers communaux. L’ensemble mairie-salle des fêtes-bureau de poste édifié sur cet emplacement est inauguré le dimanche 6 août 1933.(2)
Un tel complexe très ambitieux trouvait sans doute son utilité eu égard à la
population lesquinoise forte de près de 4000 habitants. On constate néanmoins que dans le même temps, l’éclairage public et l’assainissement de la commune restent très incomplets et que l’électrification de certains hameaux est même inexistante…
La commune procède à l’achat de 500 fauteuils de spectacle pour la somme de 26.500 francs à la société coopérative « La Sève », rue du Moulin à HALLUIN, 59.
A l’origine la salle est réservée aux manifestations municipales et scolaires. Elle est ensuite louée à l’Amicale Laïque, à l’association des anciens élèves des écoles laïques de Lesquin, à la caisse des écoles pour représentations théâtrales et cinématographiques, ainsi qu’aux autres associations locales.
Le 24 décembre 1934 le Conseil Municipal décide la création d’un cinéma d’amateur au profit des écoles publiques de LESQUIN qui rassemblent à cette date 550 élèves.
Le 6 avril 1935 un marché de gré à gré est passé entre Monsieur Victor
VANHEREN, Maire, et Monsieur LEBRUN, constructeur à LILLE. Ce dernier s’engage à fournir et à installer, complète et en ordre de marche, une cabine
cinématographique dans les locaux de la salle des fêtes. L’installation
comprendra deux postes Nurbel, deux tungars, deux plateaux tourne disques et pick up, deux cuves à eau et un meuble, pour la somme de 39.240 francs.
En 1939 les séances de déroulent à 8 heures 30 le samedi et en matinée le dimanche, à 4 heures 30. Les prix des places sont les suivants : Chaises, 3F50, fauteuil de côté 4F50, fauteuil de face et balcons, 5F. Des tarifs préférentiels sont proposés aux militaires ainsi qu’aux enfants de 7 à 12 ans accompagnés de leurs parents. La location gratuite des places peut se faire chez Monsieur Charles WIBAUT, 45 rue Victor Hugo.
Les locaux seront très souvent réquisitionnés par les troupes allemandes
d’occupation pour donner fêtes diverses et concerts de musique.
Aux lendemains de la seconde guerre les séances ont lieu le samedi et les veilles de fêtes à 19 heures 45 et les dimanches et jours de fêtes à 18 heures. Quelques séances supplémentaires sont données à 15 heures pour les enfants.
Suite à la délibération du Conseil Municipal du 24-1-1946, Monsieur Etienne COULON, Maire, est autorisé à conclure un bail avec Monsieur Raoul BAERT, Directeur de cinéma, demeurant 90, rue Racine à LILLE pour l’immeuble
servant de salle municipale aux conditions suivantes :
- Monsieur Etienne COULON autorise Monsieur Raoul BAERT à exploiter sous forme d’établissement cinématographique, la salle des fêtes de Lesquin, aux conditions habituelles de location des bâtiments communaux.
- Chaque mois Monsieur BAERT versera entre les mains du receveur municipal la somme fixe de 200 francs pour chaque semaine du mois.
- Chaque trimestre il versera audit receveur le montant des remises sur le chiffre d’affaires brut de ses recettes, fixées à 6%.
- Le personnel recruté par Monsieur BAERT devra obligatoirement résider à Lesquin.
- La convention sera renouvelée par bail de 3, 6 et 9 ans.
- L’exploitant s’engage à maintenir la salle en bon état d’entretien, à la laisser dans un état identique à celui dans lequel il l’avait trouvée et à installer un
compteur électrique réservé uniquement à l’éclairage de la salle des fêtes.
Le 8-4-1946 le Conseil Municipal décide de reverser à la caisse des écoles chargée de la gérance de la cantine scolaire, l’intégralité des sommes versées
trimestriellement par la société de Participations BAERT et LEBRUN, conformément à la convention passée le 11 mars 1946.
Le nom de MODERN’CINE n’apparaît qu’en août 1951.
Le programme change chaque semaine et la grande difficulté pour l’exploitant est alors de négocier avec les diffuseurs pour proposer des films récents et à succès. C’est ainsi que les Lesquinois ont pu voir en 1950, « Jour de fête » de Jacques Tati, ( sorti en 1948 ), en 1951, « Les lumières de la ville », de Charlie Chaplin, ( sorti en 1931 ), « Le voleur de bicyclette » de Vittorio de Sica, ( sorti en 1948 ), en 1952, « L’auberge rouge » de Claude Autant Lara, ( sorti en 1951), en 1954, « Si Versailles m’était conté », de Sacha Guitry, ( sorti en 1953 ).
« Autant en emporte le vent », « Ben Hur », la série des « Don Camillo », « La vache et le prisonnier » furent également à l’affiche du MODERN’CINE. Ce dernier film ayant battu le record d’affluence avec plus de 500 spectateurs. Certains n’ayant pu trouver de place ont regardé le film de l’extérieur…
Les séances sont annoncées par voie de presse et d’affiches apposées chez les commerçants. La virulence des institutions chrétiennes et des associations
familiales maintient une sévère censure morale. Les films sont présentés avec des côtes telles que « sérieuses réserves », « en famille », « adultes avec réserves », « sans vos enfants », « à déconseiller »…
Les traditionnelles actualités, le documentaire, l’annonce du prochain film et enfin les réclames sont suivis d’un entracte durant lequel les spectateurs peuvent alors déguster, en écoutant en boucle les standards de Glenn Miller, un esquimau glacé ou quelques friandises achetées au comptoir de confiserie longtemps tenu par « Julie nougat », dans le hall d’entrée durant l’hiver et à l’extérieur durant les beaux jours.
Par acte du 6 janvier 1953 passé devant Maître Etienne FONTAINE notaire à LILLE, la Caisse des Ecoles, locataire en titre, sous loue la salle des fêtes à Monsieur Albert TOULMOND, 104, rue de la Blanche Porte à TOURCOING au titre de gérant libre d’exploitation cinématographique pour la durée du bail restant à courir, à savoir 5 années à compter du 1-1-1953.
Un écran panoramique est installé en novembre 1955.
La pratique de la sous location entre la Caisse des Ecoles et un exploitant privé sera remise en cause par le Trésorier Payeur Général.
Pour régulariser cette situation, le Conseil Municipal décide de ne plus renouveler à la Caisse des Ecoles le bail établi le 1-1-1949 et devant expirer le
31-12-1957 et de louer directement la salle des fêtes à Monsieur TOULMOND durant l’année 1958 au loyer de 25.000 francs par mois.
Certaines séances sont données au profit de la campagne contre la tuberculose, de l’enfance malheureuse, des vieillards et des malades de la commune. Elles ont lieu le samedi à 20 heures 15, les dimanches et jours de fête à 18 heures 30. Les prix des places en 1960 sont les suivants; Première 1,20 NF; Balcon 1,35 NF.
Les postes de télé sont encore bien rares dans les foyers et le ciné du samedi soir ou du dimanche constitue pour beaucoup la seule sortie de la semaine. Le MODERN’CINE est surtout fréquenté pour une clientèle familiale.
Les différents responsables du cinéma furent Monsieur Voltaire HENIN, demeurant rue Victor Hugo, ( jusqu’en 1949 ), la caisse des écoles, (de 1949 à 1952), puis Monsieur Marcel DENISART à partir de 1952. Monsieur Raoul BAERT puis Monsieur Albert TOULMOND seront les propriétaires-
exploitants. Le MODERN’CINE fermera définitivement ses portes vers la fin des années 60. Seul l’appareil de projection a été conservé et trône encore dans le théâtre de poche aménagé sur l’emplacement de l’ancien balcon.
(1) - Les cinémas du Nord-Pas-de-Calais de 1896 à aujourd’hui.
Daniel Granval et Olivier Joos. 2005.
(2) - Voir “Le Lien” N°9
A PROPOS DE GEORGES BASQUIN…
En 1945, Monsieur Etienne COULON, Maire de LESQUIN, et son Conseil Municipal, décident de débaptiser la portion de la rue Pierre Curie comprise entre la rue Victor Hugo et le pavé de Lesquin à Ronchin, pour la renommer rue Georges BASQUIN.
Qui était Georges Basquin et qu’avait-il pu bien faire pour mériter un tel honneur posthume ?
Georges Emile BASQUIN est né à ARMENTIERES le 7 décembre 1882 de Laurent Pierre Joseph et de Julie Joseph DURIEZ. Marié à Marguerite Julie BOUTRY, il s’installe à LESQUIN au n° 4 de la rue Pierre Curie. Jusqu’à sa fermeture en 1938, il travaille en qualité d’électricien à la P.L, ( Porcelainerie de Lesquin ), située à Merchin à proximité des bâtiments de l’Alsthom. Il est ensuite embauché au sein des services techniques de l’aérodrome de LESQUIN.
Il est adhérent au Parti Communiste Français. Il ne cherche pas à cacher son idéologie. Il fait partie de l’association France-URSS basée à LILLE, et milite avec tolérance et discernement. Son dévouement sans faille pour son parti et son entourage, sa discrétion et sa gentillesse naturelles, font qu’il est apprécié de tous.
Quelques temps avant le début de la seconde guerre mondiale, Georges BASQUIN effectue un voyage en URSS pour le compte de la cellule locale de son parti.
Lors de l’invasion de mai 1940, il est toujours en activité au champ d’aviation. Une banale altercation l’oppose à un officier allemand et lui vaut d’être repéré par la Police Militaire.
En juillet 1941, une rafle est opérée dans la commune par les autorités allemandes. Huit lesquinois, ( sept selon les sources ), connus pour leur appartenance au Parti Communiste Français sont arrêtés. Georges BASQUIN en fait partie. Au cours de la perquisition effectuée à son domicile, on découvre des documents et des photographies ramenés de son voyage en URSS. Interrogé, il sera ensuite emprisonné à la forteresse de HUY, ( Belgique ), avec ses compagnons d’infortune. ( Etienne COULON, Camille DECUYPER, Edouard DUCATILLON, Ulysse JEANSON, Achille LECAT, Alfred ROELANTS et Alfred VASTE ).
Ses compatriotes Lesquinois seront libérés et rentreront à LESQUIN les uns après les autres.
Transféré en Allemagne, Georges BASQUIN décèdera le 14-10-1942 à MAUTHAUSEN, ( et non à BUCHENWALD comme indiqué parfois ).
Bien des incertitudes et imprécisions subsistent sur les causes de ces arrestations. On parlera de dénonciation. Certains affirmant même que le sycophante serait devenu aveugle quelques temps après les faits…
D’autres avancent l’hypothèse d’une opération de représailles suite au sabotage de plusieurs avions allemands stationnés sur les pistes de l’aérodrome. ( sucre dans les réservoirs ).
Une chose est certaine, quelques Lesquinois, dont Monsieur DELRUE, secrétaire de mairie, étaient au courant des rafles qui allaient intervenir dans la commune.
Une enquête diligentée en 1945 par la Police française n’aboutira à aucun résultat concret…
Il semble néanmoins évident que les Allemands reprocheront à Georges BASQUIN son appartenance au Parti Communiste Français, très actif au sein des mouvements de résistance, et son engagement, dès mai 1940, dans les FTPF, ( Francs Tireurs et Partisans Français ).
La France est alors assommée par les évènements et le Parti Communiste Français est pratiquement le seul à se battre sur le terrain et à faire entendre sa voix. Les deux tiers des députés socialistes ont voté pour le Maréchal PETAIN. Il faudra attendre la fin de l’automne 1940 pour que dans le Nord-Pas de Calais s’opère le premier regroupement des militants socialistes résolus à lutter contre le gouvernement de VICHY 1.
C’est sans doute dans ce contexte délicat que naîtra chez les communistes lesquinois, un sentiment d’animosité et de rancoeur profonde envers les élus socialistes alors à la tête de la municipalité en place. Ils leur reprocheront longtemps de ne pas avoir suffisamment protégé et défendu leurs compatriotes victimes de la rafle de juillet 1941.
Une plaque honorant la mémoire de Georges BASQUIN est toujours apposée sur la façade de la maison située au n° 15 de la rue qui porte désormais son nom.
La cellule locale du Parti Communiste a par ailleurs pris le nom de « cellule Georges BASQUIN » en mémoire de ce militant victime de la fidélité à ses convictions.
1 Ami entends-tu ? Jacques ESTAGER. 1986.
A PROPOS DU BUREAU DE POSTE…
La définition des localités dans lesquelles créer un Bureau de Poste, n’apparaît qu’en avril 1793, à la suite de la réunion en une seule Administration, de la Poste aux lettres, de la Poste aux chevaux et du service des messageries.
La loi des 3 et 10 juin 1829 oblige le service postal à desservir au moins une fois par jour toutes les communes de France et assurer la distribution du courrier à domicile moyennant le paiement d’une surtaxe qui sera supprimée en 1846. Le décret-loi de 1848 crée le timbre-poste et remplace la tarification à la distance par un système de taxes homogènes.
Les services postaux et télégraphiques fusionnent pour former en 1879 le Ministère des Postes et Télégraphes.
Dès 1891, Monsieur Jules DESCAT, Maire de LESQUIN, et son Conseil Municipal, considèrent “que la commune se trouve fort
éloignée de son chef-lieu de circonscription postale. ( Bureau de LILLE-MOULINS ). Le facteur, qui doit assurer la distribution du courrier sur le territoire de la commune de RONCHIN et au Faubourg de Douai à LILLE, n’arrive à LESQUIN que vers midi. Le plus souvent les correspondances ne sont distribuées qu’entre 3 et 6 heures du soir. Certaines journées se passent sans aucune
distribution”…
Le Conseil Municipal émet alors le voeu que “le service postal soit organisé de façon à contenter les particuliers autant que les commerçants lesquinois, et qu’il soit créé dans la commune,
desservie par le chemin de fer, et qui compte désormais 1403 habitants, un nouveau bureau de Poste pouvant assurer le service de plusieurs localités riveraines, ( Vendeville, Faches et Ronchin ), qui se trouvent dans un rayon de deux kilomètres”.
A ce stade, la commune s’engage à fournir les locaux nécessaires ainsi que le logement du titulaire, et à les assurer durant une période de 18 ans.
Le 6 juin 1892, les services ministériels donnent leur accord de principe pour la construction d’un nouveau bureau de Poste à LESQUIN.
En 1893, Le Conseil Municipal vote une indemnité de 30 francs en faveur du chef de gare pour le service de la boîte aux lettres installée devant la station depuis le 1° juillet 1875.
1900 voit la mise en place du service télégraphique à LESQUIN.
25 francs sont inscrits au budget communal de 1901 et alloués au facteur pour assurer ce nouveau service.
Le 9 juillet 1906, Monsieur Henri DELOBEL, Maire, et son Conseil, sollicitent de Monsieur le Préfet du Nord l’autorisation d’utiliser un terrain de 300 m2 dépendant du presbytère, (depuis peu devenu bien communal suite aux lois de Séparation des Eglises et de l’Etat), et jouxtant les locaux de la brasserie DEJAEGHERE, pour la construction d’un bureau de Poste.
Le presbytère était situé rue du Comte de Flandre, (actuelle rue Pasteur), en face de la rue de l’Eglise, (qui sera débaptisée en 1909 pour devenir rue Jules Ferry).
En 1907, à l’acmé des tensions Paroisse-Municipalité, la décision est prise d’édifier le nouveau bureau de Poste sur le terrain du presbytère. Un emprunt de 10150 francs au taux de 3,85% est contracté par la commune sur une période de 30 ans. Une imposition exceptionnelle est également votée à compter de l’année 1908.
Les travaux de construction sont confiés à Monsieur Alexis DEFRETIN, entrepreneur de bâtiments, 3, rue de la Mairie, (actuelle rue Victor Hugo), et sont supervisés par Monsieur
BOUDIN, architecte à LILLE.
Les alimentations des locaux en eau potable, (par la construction d’un puits), et en gaz, interviennent respectivement en février 1907 et mai 1909.
Le coût total de la construction s’élèvera à 11904 francs dont 1752 francs d’honoraires d’architecte. La réception définitive des travaux aura lieu le 23 janvier 1910.
Le bureau de Poste sera réquisitionné et occupé par les troupes allemandes de 1915 à 1918.
Avec près de 3900 habitants en 1930, la population lesquinoise a pratiquement doublé depuis 1906. Les locaux du Bureau de Poste se trouvent être en mauvais état et ne répondent plus aux nouveaux besoins.
Suite à la construction rue Faidherbe de l’ensemble mairie-salle des fêtes-bureau de Poste en 1932, ils seront désaffectés puis vendus en 1933.
Les nouveaux locaux situés à l’angle des rues Faidherbe et Sadi Carnot, feront l’objet d’un bail de 9 ans à compter du 25 février 1933, établi entre la commune et l’Administration des Postes et prévoyant un loyer annuel de 10.000 francs.
L’actuel bureau de Poste a été inauguré le 28 juin 1991.
Sauf erreurs ou omissions, voici la liste des différents receveurs et chefs d’établissement de la Poste qui se sont succédés à LESQUIN.
- 1906 : Monsieur LEROY Emile
- 1911 : Monsieur Louis LEDUC
- 1921 : Monsieur Eugène PAILLIEUX
- 1938 : Madame LEBAILLY
- 1949 : Monsieur Charles BIESSE
- 1958 : Madame Anne Marie DABIN
- 1970 : Monsieur Georges MASSA
- 1982 : Monsieur LAMBERT
- 1984 : Monsieur Claude MORGAN
- 1991 : Monsieur David COQUEMPOT
- 2000 : Monsieur Emmanuel DUBUIS
- 2002 : Monsieur Jean Pierre JUCHNIEWICZ
A PROPOS DES CLOCHES…
Epargnée par la Révolution, la cloche principale se trouva fêlée le 22 avril 1860 lorsqu’on voulut la sonner. Elle fut remplacée le 25 juillet de la même année par une cloche de 1485 kilos, ( fabriquée par les établissements DROUOT Frères de Douai ), baptisée Julie-Henriette-Marie Joseph et sur laquelle figuraient les emblèmes du Crucifix, de la Sainte Vierge et de Saint Barthélémy. Monsieur Henri TAFFIN-PEUVION et Madame Julie Céline LELEUX, épouse de Monsieur Floris DESCAT en étaient parrain et marraine. M. PLAETEVOET, Doyen de SECLIN, baptisa la nouvelle cloche le 5 août 1860. Elle portait l’inscription suivante.
« A la gloire de Dieu, et sous les auspices de Marie Immaculée, j’ai été refondue en l’an MDCCCLX pour la paroisse de LESQUIN et VENDEVILLE. Etait curé, M. Eugène DUBUISSON. Etait Maire, M. Désiré MARCHAND. Je suis nommée Julie-Henriette-Marie Joseph. Monsieur Henri TAFFIN-PEUVION et Madame Julie Céline LELEUX, épouse de Monsieur Floris DESCAT. Fonderie DROUOT Frères, à DOUAI, ( Nord ). «La seconde cloche nommée Anne-Louise, portait comme inscription, « Le R.P Pierre-Urbain LE VRAY, correcteur du couvent des Minismes de CHAUNY m’a bénite. Me Jean Louis WAILLET, prêtre, curé de CAUMONT et Marie Anne VINCHON, épouse de Me Guillaume ROGER, substitut des gens du roy et notaire royal au baillage de CHAUNY, m’ont nommée Anne Louise. 1741. « 7 Les articles 100 et 101 de la loi du 5 avril 1884, tout en maintenant les usages locaux existants, fixent un nouveau règlement relatif à la sonnerie des cloches pour les usages civils et religieux.8 L’arrêté préfectoral du 2 juillet 1884 élaboré par Monsieur Jules CAMBON, Préfet du Nord, et Alfred DUQUESNAY, Archevêque de CAMBRAI, prévoit notamment que les cloches de l’église sont spécialement affectées aux cérémonies du culte. Que le curé ou le desservant aura seul le droit de faire sonner les cloches pour annoncer l’angélus, les messes basses et hautes, les vêpres, les sermons et récitations du Rosaire, les catéchismes, les processions d’usage, les saluts, les Te Deum, les prières publiques, les baptêmes, les décès, les premières communions, les mariages, l’administration des malades, et pour annoncer l’arrivée, le départ ou le passage de l’Archevêque ou de son délégué en cours de visite pastorale.
Le même arrêté prévoit également que les cloches pourront néanmoins être employées en cas de périls communs qui exigent un prompt secours, et qu’une clef du clocher sera déposée entre les mains du Maire, qui ne pourra en faire usage que pour annoncer le passage officiel du Président de la République, pour annoncer les fêtes nationales, la veille et le jour, par une volée d’un quart d’heure, pour appeler les enfants à l’école dans les communes où cet usage existe déjà.
L’arrêté municipal du 22 mai 1907 pris par Monsieur Henri DELOBEL, Maire et son Conseil Municipal, s’appuie sur les dispositions de la loi du 9 décembre 1905 sur la séparation des Eglises et de l’Etat et sur celles de la loi du 2 janvier 1907. 9 Malgré les tensions existantes du moment, cet arrêté semble être peu restrictif par rapport aux dispositions prises en 1884. L’usage civil des cloches est étendu à la célébration des fêtes locales, ainsi qu’à l’annonce de l’ouverture et de la clôture des scrutins lors des élections législatives, cantonales et municipales.
A l’inverse, les cloches n’appelleront plus les ouailles pour assister aux baptêmes, aux catéchismes, à l’angélus, etc… ainsi qu’au passage des dignitaires de l’Eglise.
L’horloge de l’église est désormais « horloge publique », et le sonneur attitré reçoit une indemnité fixée par le Conseil Municipal.
En 1913 une machine à sonner fut installée derrière l’orgue par Messieurs PAILLEZ-PETIT, ancien Lesquinois, et DELCROIX, menuisier à MERCHIN, allégeant ainsi la rude tâche du sonneur.
En effet, depuis toujours, pour sonner la grosse cloche, il fallait grimper en haut de la tour, au-dessus de la cloche, aux abat-sons, où certains jours, le vent, la pluie, la neige faisaient rage. Avec l’installation de la machine à sonner, un enfant pouvait presque mettre en branle la lourde cloche. 10
En 1917, les deux cloches restantes sont enlevées par les allemands pour être fondues. Elles seront remplacées par deux cloches en bronze de première qualité, composées de 78 parties de cuivre rouge et de 22 parties d’étain. Elles seront baptisées le 2 octobre 1921 à 2 heures 30 par Monseigneur MARGERIN. Voici l’inscription figurant sur la grosse cloche : « L’an 1921, au mois d’octobre, M. Alexis DEFRETIN étant Maire, M. G. GRISON, curé, M. J. DUMONT, vicaire, je viens remplacer à LESQUIN, Julie Henriette Marie Joseph, enlevée par les Allemands en 1917. Je pèse 1500 kilos. Mon parrain, M Alfred MORAND et ma marraine, Jeanne -DESCAT, épouse de Monsieur Alfred DUPONT, m’ont nommée Jeanne-Julie-Alfrède-Victoire-Marie Joseph. Mgr MARGERIN m’a bénite. J’annonce la gloire du Sacré Coeur, de Marie Immaculée, de Saint Barthélémy, patron de Lesquin. Je sonne la prière, j’embellis les fêtes, je pleure les morts. »
La petite cloche porte l’inscription suivante : « Je remplace Anne Louise, bénite en 1741 par le R.P Urbain Le Vray, correcteur du couvent des Minismes de Chauny, et enlevée par les Allemands en 1917. Je pèse 150 kilos. J’ai été bénite en octobre 1921 par Mgr MARGERIN, en même temps que la grosse cloche de Lesquin. Mon parrain, Georges DELEMER, et ma marraine , Odette GRUYELLE m’ont nommée Odette-Georgia-Thérèse-Marie Joseph. Je sonne l’Angélus, les messes de la semaine et les saluts du soir. « 11 Les deux cloches furent fabriquées par les Fonderies WAUTHY à DOUAI, ( successeurs des établissements DROUOT Frères ). Le coût global de 28000 francs, fut couvert par les dommages de guerre, ( à hauteur de 18000 francs), et par les bénéfices d’une souscription lancée par la paroisse. Monsieur CHOTEAU, ancien brasseur à LESQUIN et son épouse, Monsieur GRUYELLE, Directeur de la Thomson et son épouse et les directeurs des Aciéries Haine Saint Pierre et Lesquin, versèrent à eux seuls la somme de 2000 francs. 12 L’électrification des cloches eut lieu sous l’impulsion de Monsieur l’abbé Henri DUMORTIER présent à LESQUIN de 1937 à 1948.
7 : Histoire de Lesquin. Th LEURIDAN. 1889.
8 : Registres des actes de la Préfecture du Département du Nord. 1884.
9 : Registre des actes de la Préfecture du Département du Nord. 1907.
10 : Bulletin paroissial de LESQUIN. Octobre 1913.
11 : Bulletin paroissial de LESQUIN. Novembre 1921.
12 : Bulletin paroissial de LESQUIN. Novembre 1920.
A PROPOS DE L’ECOLE GHESQUIERE …
En 1955 la commune de LESQUIN compte un peu plus de 4000 habitants. Afin de ne pas accentuer l’isolement du quartier de MERCHIN, Monsieur Lucien BERNARD, Maire, et son Conseil Municipal finalisent le projet de construction d’une école maternelle rue Henri Ghesquière.
Un arrêté préfectoral du 8 novembre 1955 déclare le projet d’utilité publique. La commune procède alors à l’acquisition des terrains nécessaires à cette construction. Ces parcelles, situées à l’angle de la rue Ghesquière et de l’Avenue des Sports, appartiennent à la famille SPRIET, ( pour 1772 m2 ), et à la Compagnie Française Thomson Houston, ( pour 372 m2 ).
Un devis descriptif est présenté par Monsieur J. SEGERS, architecte, 32, rue de Trévise à LILLE. Le projet comprend la construction de deux classes, d’une salle de jeux, d’une salle d’attente, d’une salle de propreté, d’un logement de fonction avec remise, et d’un sous-sol comprenant une cave et une chaufferie.
Suite à la délibération du Conseil Municipal du 10 octobre 1956, un marché de gré à gré est signé entre la commune et les Etablissements DUVEILLIE, entrepreneur de bâtiments, 451, rue des Rouges Barres à MARCQ en BAROEUL.
Le budget prévisionnel est arrêté à la somme de 13.831.148 francs.
Un emprunt est contracté auprès de la Caisse des Dépôts et Consignations. Des subventions sont obtenues de la part de l’Etat et du Département.
Le chantier démarre le 15 janvier 1957. Les travaux de plomberie-chauffage, peinture, clôture, sont respectivement assurés par les Etablissements DESQUIENS-DESMET de MOUVAUX, GOETHAELS de
LESQUIN, et DESTOOP de RONCHIN.
L’inauguration de la nouvelle école se déroule le dimanche 6 octobre 1957 à quinze heures. Parmi les invités on note la présence de Monsieur KESLER, représentant Monsieur le Préfet du Nord, de Monsieur le Commandant de la Brigade de Gendarmerie de SECLIN, de Monsieur l’abbé Pierre GYTHIEL, curé de la Paroisse Saint Barthélemy, de Monsieur François SPRIET, Président du Syndicat agricole, de Messieurs LENFANT et BALLOY, délégués cantonaux, de Monsieur le Docteur DELAHOUSSE, de Monsieur BIESSE, Receveur des Postes à LESQUIN, de Mademoiselle BRUNET, Directrice de l’école des filles, de Monsieur BLONDEAU, Directeur de l’école des garçons, de Monsieur Louis POTTIER, Président du comité des fêtes de la commune libre de Merchin, de l’ensemble des membres du Conseil Municipal et des associations locales. La petite Maryse DUBUS est chargée de porter le coussin sur lequel se trouvent les ciseaux indispensables pour couper le traditionnel ruban tricolore.
Les festivités sont complétées par un concert donné par l’Harmonie La Concorde dirigée par Monsieur Georges DELMER et par une exhibition des gymnastes de l’Honneur conduits par Monsieur Victor ROELANTS.
Le procès-verbal de réception définitive des travaux ne sera signé que le 3 mars 1958 par Messieurs Lucien BERNARD, Maire, Jules BUISINE et Louis SOTIER, conseillers municipaux, Joseph SEGERS, Georges DUVEILLIE, et PARIS, Ingénieur des travaux publics.
Par décision du Conseil Municipal en date du 11 juillet 1972, l’établissement scolaire abrite désormais un bureau de vote à l’occasion de chaque opération électorale.
De nombreux travaux d’entretien et d’embellissement ont été réalisés dans cet établissement. Parmi les plus importants, citons ceux de la réfection de la charpente et des plafonds de la salle de jeux et du hall d’entrée en 1974, de la construction du restaurant scolaire « les diablotins » et de l’agrandissement du dortoir au début des années 1990.
Madame Berthe Angèle DUBO sera installée en qualité de première directrice en octobre 1957. Elle occupera ce poste jusqu’en 1965. Elle sera remplacée par Madame Mireille BUCHET. Mesdames Nicole
LOOTGIETER, ( nommée en 1970 ), Joëlle MARCHYLLIE, ( nommée en 1976 ), Marie Noëlle DUTERTRE, ( nommée en 1977 ), et Madame Sylvie DESAUNAY, ( nommée en 2004 ), lui succèderont à ce poste.
A PROPOS DE L’AIDE SOCIALE
Il faut attendre la loi du 14 juillet 1905, (mise en application à compter du 1er janvier 1907), pour voir s’instituer un « service public de solidarité sociale » et apparaître la notion «d’obligation d’assistance» aux vieillards, infirmes et incurables privés de ressources.
La liste des bénéficiaires est dressée par le Bureau de Bienfaisance et arrêtée par le Conseil Municipal en comité secret.
En 1906, vingt trois lesquinois bénéficient de l’assistance médicale gratuite.
En 1908 le nombre d’indigents augmente. Une distribution de pain est organisée chaque jeudi. Une aide est apportée aux enfants défavorisés pour assister aux études payantes.
En 1913, une aide est fournie à certaines femmes en couches, (loi du 17 juin), et aux familles nombreuses, (loi du 14 juillet).
Le lit de la misère est fécond disait un économiste. En 1914, le Bureau de Bienfaisance vient en aide à une vingtaine de familles nombreuses, (5 enfants et plus).
L’oeuvre du Sou Quotidien vient compléter les aides classiques. La municipalité en place vote un crédit spécial de 40 francs au budget de 1914 pour venir en aide aux Lesquinois sans ressources et hospitalisés à SECLIN et à SAINT ANDRE.
Les fonds manquent cruellement. En 1914, par décision du Conseil Municipal, l’allocation accordée à Monsieur Louis LEDUC, Receveur des Postes, est supprimée et vient grossir le budget de l’aide sociale.
L’activité déployée par les différentes oeuvres paroissiales, dont le Secrétariat du Peuple, la Société d’encouragement à la petite propriété, la Maison de la Famille, la Mutualité Fraternelle, reste
très importante et opportune à compléter l’aide publique malheureusement insuffisante.
En 1921, Monsieur Alexis DEFRETIN, Maire de LESQUIN, et son Conseil, votent une subvention de 16.000 francs au Bureau de Bienfaisance. Cette allocation constitue, avec les dons et legs de
particuliers et les revenus fonciers de quelques biens, l’essentiel des revenus de la structure.
La conjoncture économique n’est pas bonne. Le nombre d’indigents ne cesse d’augmenter. Le Conseil Municipal décide de relever le taux de la taxe sur les spectacles. (Le droit des Pauvres). Monsieur le Docteur Paul JACQUEMART, qui vient d’installer son cabinet rue Pierre Brizon, est chargé de l’assistance médicale gratuite.
Les effets néfastes de la crise économique de 1929 ne sont vraiment perceptibles à LESQUIN qu’à compter de 1931. La commune fait le choix de ne pas créer de caisse municipale d’aide aux chômeurs mais d’adhérer au fonds départemental du chômage à compter du 1er janvier 1932.
La commune qui compte désormais 3900 habitants vient en aide à plus de 100 chômeurs. Le nombre de sans travail culminera à 239 fin 1933 et même à 264 en février 1935.
Le 4 mai 1934, les élus considèrent que les sommes perçues par les chômeurs sont à peine suffisantes pour vivre…Ils décident de leur verser les indemnités tous les jours de la semaine, y compris les dimanches et les jours fériés.
Les ressources du Bureau de Bienfaisance restent largement insuffisantes. Des quêtes sont régulièrement organisées dans les usines, (Aciéries, Alsthom, Porcelainerie), à l’occasion des fêtes locales, ainsi qu’au cours des messes dominicales. Les commerçants accordent des ristournes ou même un crédit total aux chômeurs. Des dons effectués par des associations locales, (Amicale laïque, Anciens Combattants), par les commerçants et particuliers, le produit de séances récréatives, viennent compléter les aides apportées.
Le comité de chômeurs de LESQUIN créé en 1930, sera présidé par Monsieur Julien HENIN puis par Monsieur Emile DUTHOIT. Messieurs Jules FLORENT, Georges SOUMILLON, M. THIRION, F.DELPLANQUE, Victor DESMULLIEZ et L. VANCAUWEMBERGHE y assureront un rôle important.
Fin 1936 une subvention exceptionnelle de 7.000 francs est votée au bénéfice du Bureau de Bienfaisance.
A la veille de la seconde guerre mondiale le Conseil Municipal vote une nouvelle subvention exceptionnelle d’un montant de 13.056 francs pour permettre au Bureau de Bienfaisance de prodiguer les aides en nature. (7.124 francs de pain et 5.932 francs de charbon).
Dans le but d’obtenir des prix plus bas, un marché de gré à gré est passé le 31 décembre 1939 entre le Bureau de Bienfaisance et les trois boulangers de la commune, Mesdames PLANCQ et MOREAU et Monsieur Hector MAES.
Le Bureau d’aide sociale, administré par une commission présidée par le Maire, composée de cinq membres du Conseil Municipal et de quatre membres extra-municipaux, succède au Bureau de Bienfaisance.
Il est financé par une importante subvention communale, le tiers des concessions du cimetière, le tiers des impôts sur les spectacles, le produit des quêtes organisées à l’occasion des mariages et
enterrements et les dons de particuliers et commerçants.
Le CCAS, (Centre Communal d’Action Sociale), vient lui-même succéder au Bureau d’Aide Sociale.
L’aide sociale représentait 9,06 % des dépenses communales en 1971. Dix ans plus tard elle représentait 11,20%.
En 2007, une somme de 206.100 euros, représentant 3 % des dépenses de fonctionnement de la commune, a été consacrée à l’aide sociale et a bénéficié à près de 100 familles lesquinoises.
Les structures changent d’appellations, les moyens augmentent, les problèmes demeurent…
A PROPOS DE QUELQUES FAITS DIVERS…La fortune tombe du ciel…
Le 26 mai 1940, deux avions anglais, (de marque américaine Glenn Martin), et pilotés par des français, ont pour mission d’apporter au Préfet du Nord, Fernand CARLES, resté en poste à LILLE, cinq ou six millions en papier monnaie, (coupures de 5 à 100 francs). Somme considérable pour l’époque, représentant la paye de l’armée et des services administratifs locaux. Malgré les couleurs anglaises qui les désignent, les deux appareils ne sont pas reconnus et sont abattus aux abords de LILLE, sans doute par les tirs de la DCA britannique. L’un d’eux s’écrase sur le territoire de LESQUIN, à GAMAND, dans la
pâture CARREZ, en face de la ferme DELEU. Une bonne partie de l’argent a été brûlée dans l’incendie de l’appareil à l’exception d’une somme de 100 à 250.000 francs selon les divers témoignages, recueillie par d’honnêtes gens arrivés les premiers sur les lieux du drame…*
Henri AMOUROUX : Le peuple du désastre. 1976.
Mgr L. DETREZ et Albert CHATELLE : Tragédies en Flandres. 1940-1944. 1953.
* (Les héritiers de certains des bénéficiaires couleraient encore des jours paisibles à LESQUIN…).
Une belle prise….
On raconte que les finances de l’Etat étaient alors d’une grande pénurie. Les gardes nationaux de LESQUIN arrêtèrent le 5 juin 1791 une voiture sur laquelle un moine, nommé CUVILLIERS, cherchait à sauver de la Révolution le trésor de la communauté religieuse de Saint Bertin à SAINT OMER, ainsi que des valeurs considérables en assignats. Ordre fut expédié de ramener aussitôt au quartier général les millions de cette prise. Néanmoins aucune trace de ce prétendu trésor n’a jamais été trouvée dans aucun registre officiel ni aucune comptabilité….
Victor DERODE : Histoire de LILLE. 1848.
Victor BECQUART : Les communes de l’arrondissement de LILLE. 1879.
Théodore LEURIDAN. Histoire de LESQUIN. 1889.
J.PETER et Ch POULET : Histoire religieuse du Département du Nord. 1930-1933.
Des blousons noirs à LESQUIN…
«Nous avions annoncé dans notre numéro précédent que des blousons noirs avaient été aperçus un soir rue Pasteur. Renseignements reçus de source autorisée, il nous a été confirmé que les soit disant blousons noirs n’avaient jamais été aperçus à LESQUIN. On avait peine à croire que notre commune, d’ordinaire si paisible, aurait été le théâtre d’exactions de voyous. Ce n’était tout simplement que Monsieur le Curé et Monsieur le Vicaire qui, se rendant au patronage rue Pasteur où doit se tenir la kermesse dimanche 13 septembre, furent les victimes de cette regrettable erreur …»
«Archives personnelles. (Reproduction intégrale d’un article de presse du 12-9-1959).
Un sacré tubercule…
«L’arrachage des pommes de terre bat son plein. Parmi une belle récolte, Monsieur BLARY, cultivateur au hameau d’ENCHEMONT, a trouvé une pomme de terre de 950 grammes….et une autre de 900 grammes…»
«Archives personnelles. (Reproduction intégrale d’un article de presse du 28-9-1955).
Voleur par amour…
«La police mène actuellement une enquête fort discrète à la suite de la disparition d’une somme de plus de 4 millions d’anciens francs dans une usine de LESQUIN. On ignore les circonstances exactes dans lesquelles le vol a été commis. On sait qu’un caissier intérimaire, Monsieur Rémy MARTINO, 36 ans, avait demandé quelques jours de congé pour le 15 août. Sans nouvelle de lui depuis, le directeur de l’usine a fait vérifier la caisse et s’est aperçu du vol. La police a appris que MARTINO était parti avec une jeune femme de 20 ans, disparue elle aussi. MARTINO semble avoir, en outre, subtilisé le revolver du caissier titulaire et plusieurs rasoirs électriques »…
Archives personnelles. (Reproduction intégrale d’un article de presse du 25-8-1963).
Mordu par un blaireau…
«Depuis quelques temps les possesseurs de poulaillers et clapiers de la région de LESQUIN, FRETIN et même SAINGHIN, étaient intrigués par la disparition de leurs bêtes. L’explication de ces disparitions vient d’être donnée. Monsieur Jules DEWITTE, cultivateur à GAMANS, accompagné de son fils Valère et de Monsieur Ernest ROUSSEL, était occupé à la moisson dans ses champs près de FRETIN. Tout à coup il aperçut une énorme bête qui venait se jeter sur sa machine. Aussitôt Monsieur DEWITTE bondit vers l’animal et voulut s’en saisir. Malheureusement celui-ci, d’un coup de crocs, mordit le fermier à la main. Un vigoureux coup de manche de fourche asséné sur la bête lui fit lâcher prise.
Monsieur DEWITTE et les siens regagnèrent aussitôt leur ferme avec leur capture qu’ils avaient auparavant muselée. L’animal est un énorme blaireau, long d’un mètre cinquante, du museau à la queue et pesant près d’une dizaine de kilos… »
Archives personnelles. (Reproduction intégrale d’un article de presse : année 1939).
Un coup de vache…
«Mercredi dans la matinée Monsieur Daniel DUPONCHEL, cultivateur au hameau de Gamand, conduisait une vache pour la boucherie. Tout se passa très bien lorsque arrivée face au débit de tabac de Monsieur Roland DELCROIX, rue Pasteur, la bête devint furieuse. Impossible à maîtriser, elle prit la fuite en direction de l’autoroute du sud de LILLE. Une battue fut organisée. L’animal exténué, ainsi que ses poursuivants, put être rattrapé. Tout se passa sans accident, et pour finir la vache se retrouva à la boucherie de Monsieur SANDERS rue Pasteur » …
Archives personnelles. (Reproduction intégrale d’un article de presse du 4 février 1960).
L’agression du curé de LESQUIN…
Le 7ème jour d’octobre 1594, Bauduin VREDIERE, fils de feu Jacques, en état d’ébriété avancée et armé d’un couteau, se présente sur les six heures du soir en la maison du pasteur de LESQUIN, Monsieur Laurent LEFEBVRE. Il menace de tuer le prêtre s’il ne vient pas confesser sa femme immédiatement… «y faisant, ledit VREDIERE, grandes insolences et véhémentement suspecté d’avoir usé de juremens et parolles exécrables non récitables »… »
Bulletin de la Société d’Etudes de la Province de Cambrai. Recueil n° 45. Notes et documents. Denis du Péage. 1937.